20.11.2006

APRES LE TRAFIC DE DROGUE : LE TRAFIC DE DECHETS

Les mafias italiennes ont découvert un nouveau terrain de jeu : le trafic de déchets. Les organisations proposent des prix beaucoup plus bas que dans le secteur légal pour le traitement obligatoire des déchets industriels, et les font ensuite disparaître dans la nature. Si ce trafic est extrêmement lucratif, il présente des risques énormes pour la santé et l’environnement.

2, 5 milliards d’euros, telle est la somme empochée chaque année par la mafia italienne grâce au trafic des déchets industriels. Il faut dire que la manipulation est aisée : des entreprises productrices de déchets qui cherchent à réduire leurs coûts, des transporteurs payés par les clans, et un site peu contrôlé pour faire disparaître les rejets.
Mais la perte économique n’est pas le seul enjeu de ce détournement. Car pour faire disparaître des tonnes de produits, les mafias n’hésitent pas à les brûler ou à les enterrer dans des sites peu visités. Conclusion : une pollution très importante qui commence à avoir des conséquences sur la santé des habitants.
Ainsi en 2003 à Caserte, près de Naples, les autorités ont du abattre 6.000 bufflonnes. Leur lait, utilisé pour fabriquer la mozzarella, contenait des taux de dioxine dix fois supérieurs aux paramètres européens.
Un rapport diffusé en 2005 par l'Institut supérieur de la santé (ISS) a relevé des taux de mortalité supérieurs dans les régions où se concentrent les décharges abusives. Des hausses de tumeurs et de malformations congénitales ont également été observées.
De leur côté, les magistrats déplorent le manque d'outils législatifs pour poursuivre les suspects. Depuis l'entrée en vigueur en 2001 du délit "de trafic illégal de déchets", 52 enquêtes ont été lancées sur tout le territoire italien. "Mais le délit d'association mafieuse n'a pas été étendu aux atteintes à l'environnement dans notre code pénal", regrette le procureur Donato Ceglie, qui ajoute : "Il faut faire vite. Notre avenir et celui de nos enfants est en jeu".
Magali Chouvion

14.11.2006

LA LUTTE POUR L’ECOLOGIE NE SE REDUIT PAS A DES MESURES FISCALES

Le Premier ministre, Dominique de Villepin, a annoncé hier une série de mesures fiscales destinées à renforcer et à actualiser la Stratégie nationale de développement durable (SNDD) et à mettre à jour le Plan climat. L’appel de Nicolas Hulot semble avoir été entendu, même si les écologistes considèrent que ces propositions sont des « mesurettes » devant l’ampleur du changement climatique.

Les incitations fiscales sont à la mode : après Nicolas Sarkosy et Ségolène Royal, notre Premier ministre annonce une série de propositions pour l’écologie. Ces mesures seront intégrées au projet de loi de finances restrictive, qui sera présenté mercredi au Conseil des ministres. Le plan proposé est vaste et vise toutes les tranches de la société : population, industriels et agriculteurs.
Vive le principe pollueur-payeur !
Le Gouvernement s’inscrit avec fidélité dans les principes du Développement durable. "Nous avons décidé de renforcer le principe pollueur payeur. Nous créons une taxe sur le charbon et nous relevons de 10% les taxes sur les pollutions industrielles et les déchets", a déclaré Dominique de Villepin, lundi 13 dans la matinée. La somme d’argent dégagée par ces mesures pourrait atteindre 50 millions d’euros. Somme qui devrait ensuite être réinvestie dans la lutte contre le changement climatique. Les écologistes s’insurgent contre ce principe : le Gouvernement demande aux industriels de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat pour réparer leur propres destructions sur le climat. Détruire le patrimoine de l’humanité reste donc autorisé, et a même un prix !
Cependant, Dominique de Villepin précise que «dans le même temps, il encourage les comportements vertueux : les industriels bénéficiant d’une certification environnementale (Emas et Iso 14.001) ne seront pas concernés par ces hausses». La réduction des gaz à effet de serre se limite donc à un certain seuil. Une fois cette limite atteinte, les efforts des industriels peuvent s’arrêter, sans aucune intervention de l’Etat.
Sur un principe équivalent, le Ministre entend lutter contre les nuisances sonores avec l’augmentation de la taxe sur le bruit des transports aériens.
L’agriculture bio favorisée
Les agriculteurs biologiques devraient, quant à eux, pouvoir bénéficier d’une réduction, voire d’une exonération de la taxe foncière. Voilà un bon pas en faveur de la réduction de la pollution chimique. Cependant, de nombreux points pour lesquels les mesures fiscales sont inefficaces, restent encore à améliorer dans l’agriculture. Les questions sur le démembrement, la surproduction, les cultures différenciées… restent en suspend. Les écologiste estiment que seule une réforme en profondeur de la PAC pourrait améliorer la situation actuelle.
Incitation des individus
Le Premier ministre a souhaité inciter la population à être plus respectueuse de l’environnement. Le budget communication est largement étoffé : des fonds pour les campagnes de sensibilisation de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) seront débloqués. Les Points info énergie vont être doublés en 3 ans. Les crédits d’impôt concernant l’aménagement bioclimatique des habitations individuelles seront par ailleurs renforcés. Les dépenses d’entretien et de restauration engagées par les propriétaires seront défiscalisées pour les sites paysagers labellisés par la Fondation du Patrimoine.
Enfin, à plus long terme, le Premier ministre veut réfléchir à la question des déplacements en ville. Il a chargé Dominique Perben, ministre en charge des transports, de lancer un appel à projets auprès des grandes agglomérations, et notamment sur les péages urbains. Mais les Verts estiment que « cette proposition est dilatoire. Elle serait crédible si le gouvernement l’accompagnait de mesures en faveur du transport ferroviaire et transports collectifs, et non pas du tout autoroutier ».
Délicates questions internationales
Quant à la situation internationale, le Premier ministre a annoncé que la France allait étudier la faisabilité de la création d’un marché européen de quotas de CO2 sur les transports de marchandises. Une taxe carbone, sur les importations de produits industriels en provenance des pays qui refuseraient de s'engager en faveur du protocole de Kyoto après 2012, serait aussi envisagée. Mais, selon les Verts, l’annonce de cette mesure n’a été faite sans aucune concertation préalable avec les partenaires européens. Et comme la Chine et les Etats-Unis seront les premiers concernés, nul doute que l’application de cette taxe sera délicate…
Magali Chouvion

11.11.2006

PRODUITS CHIMIQUES : TOXICITE AVEREE CHEZ L’ENFANT

« Pandémie silencieuse », tel est le terme employé par les auteurs de l’étude sur l’impact des produits chimiques sur la santé parue dans le magazine médical The Lancet du 8 novembre. Selon eux, les substances chimiques industrielles seraient responsables de nombreux troubles neurologiques chez la femme enceinte et l’enfant : quotient intellectuel affaibli, autisme et déficit d’attention, entre autres…

Philippe Grandjean, de l’université du Sud-Danemark, et Philip Landrigan, de la faculté de médecine de Mount Sinai à New York, se sont appuyés sur une étude menée en 1994 aux Etats-Unis par le Centre pour le Contrôle des Maladies. Cette enquête révèle qu’un enfant sur six présente un trouble du développement de très léger à sévère. Le plus souvent affectant le système nerveux. Selon un rapport du Conseil national de la recherche américain publié en 2000, 3 % de ces anomalies résulteraient directement d'une exposition environnementale. Mais la susceptibilité génétique, plus ou moins importante selon les individus, resterait le facteur déterminant.
On compte aujourd’hui plus de 200 000 substances chimiques commercialisées dans le monde. Or moins de la moitié d’entre elles ont fait l’objet d’une étude sur leur toxicité. Et les tests effectués ne concernent généralement que les organismes adultes. D’après le Times, Philippe Grandjean aurait déclaré: «Seules quelques substances comme le plomb et le mercure sont contrôlées dans le but de protéger les enfants. Les 202 autres substances chimiques reconnues comme toxiques pour le cerveau humain ne sont pas réglementées pour prévenir les effets néfastes sur les fœtus et les enfants en bas âge ».
Face à ce constat, les deux auteurs ont préconisé un renforcement systématique de l’étude des produits chimiques avant leur commercialisation. Ce conseil s’inscrit dans une démarche similaire à celle prévue dans le projet européen Reach.
Cependant, si la réglementation prévoit une étude systématique des substances avant leur autorisation de mise sur le marché (comme pour les médicaments), de nombreuses interrogations subsistent sur l’interaction entre les différentes substances et la détermination de la concentration chimique supportable pour l’organisme. De nombreux militants écologistes, associés à des chercheurs éminents, ont interpellé l’UE sur ces points lors de « l’Appel de Paris » du 7 mai 2004. Ils ont d’ailleurs réitéré et étoffé leur demande lors du mémorandum de ce rassemblement qui a été rendu public le 9 novembre dernier.
Magali Chouvion